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Grandir par le jeu libre et spontané - L'assmat n°188 avril/mai 2021

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Grandir par le jeu libre et spontané

Le jeu du jeune enfant n’est pas toujours reconnu dans le regard de l’adulte. On se limite parfois à sa dimension ludique, insistant sur le plaisir qu’il suscite chez l’enfant à l’image du jeu de l’adulte ? Mais, il n’y a rien de plus sérieux et essentiel que le jeu d’un tout-petit.

 

Liam, un garçon de deux ans, enterre des petits cailloux dans le jardin de son assistante maternelle. Il s’applique, prenant soin de les recouvrir entièrement de terre les uns après les autres. N’importe quel adulte non initié estimerait que l’enfant est en train de « jouer dans la terre ». Un adulte soucieux de l’hygiène ressentirait le besoin de rediriger l’enfant sur une activité plus propre : « Et si tu mettais plutôt ces cailloux dans le charriot ? Tu vas te mettre de la terre partout ! » Un adulte soucieux du bon usage des objets proposerait peut-être à Liam une petite pelle pour creuser la terre : « Tiens, une pelle, ce sera plus simple pour faire des trous dans la terre ». Enfin, un adulte sensible aux jeux conventionnels d’un enfant qualifiera sans doute cette activité de « bêtise ».

 

Il apprend à connaître les objets

Pourtant, l’activité qu’est en train de mener Liam est on ne peut plus sérieuse. En serrant les cailloux entre ses doigts et en les plongeant dans la terre, le petit garçon est en train de développer ses connaissances fondamentales sur les cailloux (des petits objets, de formes et de couleurs différentes), mais aussi sur la terre (une matière poudreuse et abondante qui se délite sous les doigts) : « Tiens, j’arrive plus facilement à plonger les cailloux dans la terre lorsqu’elle est mouillée que lorsqu’elle est sèche. Par contre, impossible d’enterrer un seul caillou dans la moquette du salon ! » De même, Liam se rendra rapidement compte qu’un caillou qui tombe sur le carrelage de la salle de bains fera plus de bruit que lorsqu’il tombe sur la terre ou sur la moquette du salon. Pour bien se représenter ce qu’est un caillou, le petit garçon doit l’avoir exploré sous toutes ses facettes, avec ses cinq sens. Ce qui implique qu’il le mette à la bouche, qu’il l’observe méticuleusement, qu’il le frappe contre d’autres objets, qu’il le laisse tomber sur différents types de sol, etc. Cette exploration - anodine en apparence - lui permet de se construire des connaissances solides sur le monde qui l’entoure. De ce fait, avons-nous raison de considérer les activités d’exploration spontanées de l’enfant comme de simples épisodes de « jeu » ? Probablement pas.

 

Il découvre les lois de la mécanique

Comme nous le précisent Josette Serres et Christine Schuhl, auteures de Laissons-les expérimenter ! Accompagner la construction des connaissances chez le jeune enfant (1), parmi les connaissances fondamentales que l’enfant doit se construire, il y a celles qui portent sur les lois de la mécanique. Depuis très jeune, un enfant a remarqué que les objets expérimentaient des trajectoires diverses : les objets peuvent tomber, rouler, rebondir ou encore se cogner à un autre objet. Pour vérifier au mieux les principes fondamentaux de la dynamique, tout jeune enfant va analyser la manière dont un objet se comporte selon qu’il est petit ou grand, rond ou carré, léger ou lourd, doux ou rugueux. C’est pourquoi il peu inlassablement :

 - Faire rouler des balles sur un toboggan, ce qui lui permet de découvrir que les objets roulent plus rapidement sur un sol incliné que sur un sol horizontal ;

 - Faire tourner les roues de ses petites voitures, ce qui lui permet d’expérimenter les mouvements de rotation « complète » et de les distinguer des mouvements de rotation « partielle » (une porte qui s’ouvre et qui se ferme, par exemple) ;

  •  - Visser et dévisser les bouchons des bouteilles, ce qui lui permet de découvrir un tout nouveau mouvement, à savoir le fait de visser et d’appuyer en même temps (cette combinaison d’un mouvement de rotation et d’un mouvement de translation est appelé « mouvement hélicoïdal »).

 

Il expérimente le principe de gravité

Il en est de même pour cet enfant qui lâche plusieurs fois sa cuillère au cours du repas. Léonie fait tomber sa cuillère une première fois. Son assistante maternelle la ramasse. La petite fille la fait tomber une deuxième fois, une troisième fois, puis une quatrième fois. A chaque fois, l’adulte la ramasse et la lui redonne ; Au bout de la cinquième fois, son assistante maternelle perd patience : « Tu vas arrêter de faire tomber ta cuillère, oui ? La prochaine fois, je te préviens, je ne la ramasserai pas ! ». Le comportement de cette petite fille, que l’adulte interprète comme une forme de provocation, n’est qu’une vérification.

En effet, pour mieux comprendre et s’assurer de la validité du principe de gravité, l’enfant doit répéter plusieurs fois la même action en faisant varier les contextes. Rapidement, Léonie comprendra, par exemple, qu’une bouteille vide tombe mois lourdement sur le sol qu’une bouteille pleine, que son propre corps est tout autant attiré par le sol que l’est la bouteille, ou encore, qu’une feuille finira elle aussi par tomber, mais en suivant une trajectoire différente de la cuillère.

 

Il appréhende le principe de réflexion des surfaces lisses

Quiconque œuvre auprès des enfants a pu remarquer à quel point la flaque d’eau occupait un statut particulier dans l’exploration libre des plus jeunes. Et pour cause, la flaque d’eau a une particularité, celle d’engendrer un effet d’optique : si nous la regardons de côté, nous apercevons le ciel (phénomène de réflexion) ; si nous la regardons de dessus, nous apercevons le fond déformé (phénomène de réfraction). Ces phénomènes s’expliquent par la manière dont la lumière est propagée ou orientée vers la surface de l’eau. Ce phénomène optique attire l’œil de l’enfant qui, en pataugeant allègrement dans la flaque d’eau, vient modifier le principe de réflexion et percevoir différemment le fond.

 

Il découvre les propriétés surprenantes de l’eau

Si l’eau est autant plébiscitée par les jeunes enfants, ce n’est pas un hasard. Il s’agit d’une matière atypique qui réserve au jeune explorateur son lot d’imprévus. En plus d’être littéralement insaisissable (vous ne pouvez la saisir qu’avec un récipient, un verre par exemple), elle mouille les surfaces avec qui elle est en contact, elle s’étale, elle est liquide, transparente et elle déforme la perception des objets qui sont immergés. Compte tenu des spécificités mystérieuses de l’eau, l’enfant passera de nombreuses heures à la manipuler dans différents contextes et avec l’aide de différents objets. Ces explorations lui permettront de mieux comprendre ses spécificités. Par exemple, quand Johan plonge sa cuillère dans le verre d’eau, celle-ci ressort intégralement. Elle n’a pas bougé, elle n’a pas non plus modifié l’état de l’eau dans laquelle elle a été plongée. Or, quand il plonge un morceau de sucre dans le verre d’eau, celui-ci se désagrège progressivement, venant troubler l’aspect transparent de l’eau. Si ces expériences peuvent apparaître comme des « bêtises » aux yeux des adultes qui vont devoir tout nettoyer par la suite, elles sont essentielles pour favoriser la construction des connaissances sur les propriétés atypiques de l’eau.

 

Il est animé d’un besoin fondamental d’exploration

Il est parfois difficile, pour un adulte, de ne pas intervenir lorsque l’enfant manipule les objets qui l’entourent de manière inattendue, loin des conventions d’usage. On craint qu’il se salisse, qu’il se blesse ou qu’il blesse un autre enfant, qu’il abîme les objets. On lui reproche de ne pas être assez concentré, pas assez sage, de ne « pas savoir jouer ». Pourtant, comme nous venons de le démontrer, chacune des expériences que l’enfant entreprend de son propre chef n’est pas le fruit du hasard. Celle-ci répond à son besoin fondamental d’exploration et participe à la construction de ses connaissances spécifiques.

Or, plus l’enfant est jeune, plus ses connaissances sur le monde physique sont à construire ; il va donc ressentir le besoin de mener ce genre d’expérience. Josette Serres, ingénieure de recherche sur le bébé au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), rappelle que le tout-petit a envie d’explorer tout ce qu’il voit et que la curiosité constitue la base de la connaissance. L’ingénieure souligne que, dans notre cerveau, le système moteur va s’activer et entraîner le bébé à explorer immédiatement cet objet.Cette boucle perception-action, qui pourrait se traduire par « je vois donc je touche », est présente dès la naissance. Par ailleurs, il faut savoir que cette exploration de l’objet dépend des caractéristiques physiques de cet objet (s’il est grand ou petit, s’il inclut une pente ou non…) et non de la manière dont les adultes utilisent eux-mêmes cet objet. C’est un peu comme si, précise Josette Serres, chaque objet portait en lui son mode d’emploi. Ainsi, un objet dur sera souvent frappé contre un autre objet dur, une table basse sera souvent escaladée, un toboggan sera souvent remonté par la pente et non par l’escalier, etc.

Pour permettre à l’enfant de développer au mieux son intelligence, il est donc important que l’adulte laisse au maximum l’enfant appréhender les objets selon leur « mode d’emploi » et non selon les conventions d’usage.

 

Les enfants ont besoin d’expérimenter eux-mêmes…

Céline Alvarez, pédagogue et ancienne institutrice, auteure des Lois naturelles de l’enfant (2) insiste sur la nécessité de laisser l’enfant explorer son environnement en toute autonomie afin qu’il réalise les expériences qui lui sont nécessaires. Elle rappelle que l’intelligence du jeune être humain se forme sur la base de ses perceptions, de ses explorations sensorielles et de ses expériences actives du milieu. Elle souligne à quel point l’enfant apprend difficilement des erreurs et des expériences des autres et qu’il a besoin de les vivre lui-même. Elle souligne que, de même, le jeune enfant n’apprendra jamais aussi solidement que par les explorations spontanées qui le motivent.

 

… et même dans la saleté !

Or, le plus souvent, les explorations spontanées de l’enfant à l’extérieur (dans l’eau, l’herbe ou la boue) se heurtent aux idéaux hygiénistes de l’adulte. Le besoin d’hygiène de ce dernier vient souvent supplanter le besoin d’expérimentation de l’enfant. Pourtant, le contact avec ces matières naturelles est particulièrement bénéfique, comme nous le rappelle Matthieu Chéreau, auteur de L’enfant dans la nature. Pour une révolution verte de l’éducation (3).

Le jeu de l’enfant dans la nature a un impact positif sur son bien-être et son développement cognitif. Les enfants qui ont la possibilité de jouer à l’extérieur témoignent de plus grandes capacités d’attention et améliorent leur confiance en eux, leur sociabilisation et leur estime de soi. De plus, le contact régulier de la peau et du système digestif de l’enfant avec les microbes contenus dans des matières naturelles encourage la production d’anticorps et développe son système immunitaire. Les scientifiques nous enseignent, par exemple, que les enfants qui vivent à la ferme, en contact régulier avec des animaux et de la poussière, risquent moins de souffrir d’allergies et d’asthme.

 

Le rôle de l’adulte ? Ne pas l’interrompre et l’encourager

Comment l’adulte doit-il se comporter face à ces expériences spontanées de l’enfant ? De manière générale, il est préférable de ne pas l’interrompre, à moins que sa sécurité soit mise en jeu ou qu’il risque véritablement d’abîmer du matériel précieux. Il est tout aussi essentiel de l’encourager à aller jusqu’au bout de son expérimentation. Pour ce faire, on peut lui accorder notre attention visuelle, mettre à sa disposition plus de matériel adapté. Par exemple, pourquoi ne pas demander aux parents de l’enfant de l’équiper d’une salopette de pluie qui lui permettra de patauger dans l’eau sans risquer de se mouiller, ou encore, lui proposer de transvaser de l’eau dans des bassines dans la salle de bains, pour éviter de mouiller la moquette du salon ?

Si un adulte a des difficultés à ne pas interrompre l’enfant dans sa manipulation, il peut être intéressant qu’il se pose la question du pourquoi : « Pourquoi ai-je du mal à ne pas l’interrompre ? Parce qu’il bouscule les codes éducationnels que m’ont transmis mes parents ? Parce que je crains qu’il se blesse ? Mais risque-t-il réellement de se blesser ? Parce que je n’ai pas envie de tout nettoyer après son passage ? ». Ces questions permettront au professionnel d’adopter une pratique plus éclairée vis-à-vis des activités libres de l’enfant. Et si cela lui est toujours difficile, peut-être est-ce opportun qu’il se rappelle la citation d’Albert Einstein pour qui « une personne qui n’a jamais commis d’erreurs, n’a jamais tenté d’innover ! »

 

Mathilde De Latourne

 

 

 

(1)   Editions Chronique sociale (2019)

(2)   Editions Les Arènes (2016)

(3)   Editions Fayard (2019)

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Générale  Virginie WINDELS   15 janvier 2023


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