Les actualités des Assistants Maternels de l'Aveyron et du Lot

Accompagnement à la parentalité: asseoir sa légitimité

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ACCOMPAGNEMENT A LA PARENTALITE : ASSEOIR SA LEGITIMITE

 

La Commission des 1 000 jours et ses textes d’application récents ont braqué les projecteurs sur l’importance de l’accompagnement à la parentalité par les professionnels de la petite enfance, assistantes maternelles comprises. Toutefois, le positionnement des professionnelles reste encore fragile face aux parents-employeurs. De quelles pistes disposent-elles pour affirmer leur statut d’interlocutrices à part entière en la manière ?

 

Comme M. Jourdan, l’assistante maternelle fait de l’accompagnement à la parentalité depuis toujours, et parfois même sans le savoir. « Nous sommes amenées au quotidien à répondre aux interrogations des parents, principalement à l’occasion de l’accueil du premier enfant,déclare Alice Gustave-Picoury, présidente du relais petite enfance (RPE) Les Bout’Choux, à Rillieux-la-Pape (Rhône). Pour le nourrisson, les parents sont surtout soucieux du sommeil (le temps, la qualité, la sucette, le doudou…), de l’alimentation (les quantités, la diversification…), de l’adaptation, de son épanouissement. Pour les plus de douze mois et jusqu’à l’entrée à l’école, ils nous questionnent sur l’éveil de l’enfant avec des étapes repères, l’acquisition du déplacement, le langage, les activités possibles, l’acquisition de la propreté… Dans toutes ces étapes clés, ils ont besoin d’être rassurés, accompagnés, soutenus dans leurs pratiques, leurs interrogations et parfois leurs difficultés. »

 

UNE MISSION FORMALISEE RECEMMENT

Ce rôle essentiel, longtemps demeuré à 100 % informel - voire invisible - , est désormais de plus en plus clairement formalisé, dans la foulée de la volonté politique portée par la Commission des 1 000 jours (1). L’article 2 de l’ordonnance du 19 mai 2021, qui initie la réforme des services aux familles, crée notamment l’article L.214-1-2 du Code de l’action sociale et des familles (CASF), selon lequel « les services de soutien à la parentalité (…) consistent, à titre principal ou à titre complémentaire d’une autre activité, notamment celle d’accueil du jeune enfant, à apporter à des parents écoute, conseils, informations, et plus généralement tout accompagnement dans leur rôle de premier éducateur de leur enfant, ou à favoriser l’entraide et l’échange entre parents. Ils mettent en œuvre les principes d’une charte nationale du soutien à la parentalité » (2).

Pour Aurélie Haudrechy, ancienne responsable de RPE et conseillère pédagogique pour l’UFNAFAAM, mieux vaut évoquer le terme « d’accompagnement » à la parentalité plutôt que de « soutien ». « L’objectif de l’accompagnement, c’est d’aider à la construction de l’identité de parents à partir de ce que ces derniers sont et de leur histoire, de manière égalitaire et en valorisant leurs compétences. Tandis que le soutien peut sous-entendre l’existence d’un problème et un rôle qui tient avant tout du tutorat », explique-t-elle.

Par-delà les subtilités sémantiques, ces textes entérinent une évolution notoire des missions des assistantes maternelles depuis la convention collective de 2004. « Elles ne sont plus de simples gardiennes, mais des professionnelles de la petite enfance et, comme telles, habilitées à se positionner comme accompagnantes des parents », souligne-t-elle. Et ce, tant sur les problématiques du quotidien qu’en repérage et appui de tous les types de difficultés rencontrées par les parents et les enfants accueillis (problèmes psychosociaux, troubles du développement et du comportement…). « Mais ces évolutions sont encore très fraîches et vont demander à chacun de voir comment ajuster au mieux ses pratiques », note Anne Letoret, médecin départemental à la protection maternelle et infantile (PMI) des Côtes-d’Armor.

UNE THEMATIQUE ENCORE NON OBLIGATOIRE DANS LA FORMATION INITIALE

L’ajustement est d’autant plus nécessaire qu’au-delà de cette légitimation réglementaire, cette thématique de soutien/accompagnement à la parentalité ne fait, à ce jour, l’objet d’aucun module obligatoire dans les formations initiales. « C’est le département qui met dans son cahier des charges tel ou tel sujet sur lequel il souhaite accentuer, pointe Aurélie Haudrechy. Ce qui donne des formations initiales encore trop souvent avant tout sécuritaires et hygiénistes, et pas assez axées sur l’accompagnement et la psychologie du développement. » Un écueil donc, même si, sur le terrain, de nombreuses PMI l’intègrent, a minima en filigrane.

« Quand nous agréons des assistantes maternelles, nous mettons l’accent sur le fait qu’un de leurs rôles sera d’accompagner les parents dans leurs interrogations, ce que stipule d’ailleurs bien le référentiel d’agrément, évoque Anne Letoret. Et côté formation, nous développons de manière systématique un volet sur les actions autour de la parentalité, notamment celles traitant de la posture des professionnelles vis-à-vis des parents employeurs. De manière générale, le sujet est un peu distillé dans tous les modules. »

Même dûment initiées, les assistantes maternelles conservent néanmoins une position plus fragile que les personnes exerçant en établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE).

Parce qu’elles sont seules face aux parents, qui sont aussi leurs employeurs. « Etant moins reconnues que des professionnelles de crèche, on va de suite être davantage questionnées sur notre expérience et notre degré d’expertise », relève Marie-Ange Marchand, assistante maternelle au sein de la maison d’assistantes maternelles (MAM) Graine de malice à Bois-Guillaume (Seine-Maritime). Pour se sortir de l’isolement et les aider à asseoir une vraie légitimité, les assistantes maternelles peuvent s’appuyer sur plusieurs outils complémentaires.

 

S’APPUYER SUR LES LIEUX ET LES PERSONNES RESSOURCES

D’abord, fréquenter les lieux ressources, qui sont de trois types. Primo, les regroupements (PRE, MAM, associations d’assistantes maternelles…). « Les analyses de pratique et les échanges informels avec les collègues me donnent des pistes pour avancer et permettent, en cas de difficultés, de dialoguer avec les parents, faire descendre la pression et éviter les conflits », témoigne Sabine Lacan, assistante maternelle à Rians (Var). « L’animatrice, généralement une professionnelle du médico-social, constitue un point d’appui pour les questionnements techniques et favorise la prise de distance, tout en assurant la confidentialité des échanges », ajoute Christèle Arnaud-Ribes, éducatrice de jeunes enfants et à la tête de RPE Pays Diois (Drôme).

Deuxième piste : les interventions de partenaires extérieurs (puéricultrice ou médecin de secteur, associations d’aide à la parentalité, lieux d’accueil parents-enfants…), au sein ou à l’extérieur de ces regroupements. « Nous assistons à des rencontres régulières, sous format de "cafés papote", de conférences, d’animations thématisées, qui nous permettent d’aguerrir nos connaissances, nos savoirs et d’acquérir une véritable posture professionnelle », apprécie Alice Picouly. Convier les parents à certains de ces ateliers peut être bienvenu, pour se retrouver dans un environnement neutre et convivial, propice à un dialogue renouvelé. Sans oublier les fédérations professionnelles. L’UFNAFAAM a justement publié un guide traitant du sujet en janvier 2022 (3).

Troisième axe : la formation continue, via les 221 organismes labellisés par Ipéria, qui propose notamment un bloc de compétences « Projet d’accueil et d’accompagnement personnalisé de l’enfant » constitué de deux modules. « Le premier sur la construction de celui-ci et le second dédié à la manière de s’inscrire dans une démarche d’accompagnement personnalisé de l’enfant et de travailler en collaboration avec les parents », précise Marie Légrésy, responsable du service ingénierie de formation à l’université du Domicile, chargée de la conception de l’offre de formation de la branche professionnelle du secteur des particuliers employeurs et l’emploi à domicile.

 

SECURISER LES PROFESSIONNELLES

« L’idée des blocs de compétences est de sécuriser les professionnelles dans leurs pratiques en leur donnant des outils concrets. Sur le fond en lien avec le cadre national pour l’accueil du jeune enfant (l’attachement, la psychologie de l’enfant, le besoin émotionnel, etc.) - comme sur la forme -, le recueil d’information, la démarche d’observation, la communication et la transmission aux familles », ajoute Camille Savre, responsable du service ingénierie de certification chez Ipéria.

Être calée sur le plan technique est une chose, être en mesure de faire passer l’information - même si parfois désagréable à entendre - aux familles en est une autre. C’est pourquoi l’accompagnement à la parentalité passe aussi, forcément, par une excellente communication. « Dés les premiers instants, il faut établir une relation de confiance avec les parents-employeurs », recommande Christèle Arnaud-Ribes. Ce qui passe notamment par le fait de se doter d’outils, dont un contrat de travail clair et individualisé, où l’on indique clairement ses valeurs, ses choix et ses limites (comme les couches lavables). Et par l’observance d’un point d’un quart d’heure, pendant et au terme de la période d’adaptation, qui permet d’aborder toutes les questions des deux parties : « Etablir ces fondations solides permettra de coporter avec les parents les grandes étapes du développement de l’enfant et à les surmonter plus facilement. »

Autre particularité de la profession : la confiance dans les compétences en matière éducative de l’assistante maternelle peut être facilitée par sa maîtrise des arcanes du contrat de travail (qui rebute souvent les parents). « En nous voyant à l’aise avec l’administratif, ils se disent qu’on sait de quoi on parle et cela les décide à nous interroger sur la manière de prendre en charge leur enfant », sourit Marie-Ange Marchant.

 

MISER SUR DES OUTILS DE COMMUNICATION POSITIVE

L’accompagnement doit être nourri par une approche empathique et bienveillante. « Il est essentiel de bien choisir ses mots, car la limite est très mince avec l’intrusion dans la vie personnelle », pointe Marie-Ange Marchand. Difficile, par exemple, d’aborder des termes comme « violence éducative ordinaire », même s’ils brûlent la langue. Au risque que le parent se sente dévalorisé dans ses compétences. Eviter, aussi, d’imposer une remarque. « On ne peut donner de l’information que si l’on a une demande, sinon cela devient un conseil indu, propre à générer mise en question et stress », prévient Christèle Ansart, responsable de l’association Parents aujourd’hui à Fronton (Haute-Garonne), accompagnatrice et formatrice d’assistantes maternelles.

Utiliser les outils de la communication positive est souvent profitable. « Face à une demande du parent à laquelle on n’adhère pas, par exemple à ce que son bébé soit réveillé à heure fixe, éviter d’être péremptoire : "A votre place, je ferais ça". Toujours parler en son nom propre et non en celui du parent : "J’entends votre demande, mais j’ai du mal à y accéder ou même à la comprendre, pour telle ou telle raison." Toujours argumenter, par exemple : "Votre enfant ne va pas être en forme, ce n’est pas bénéfique pour lui", etc. », illustre Christelle Arnaud-Ribes. « L’humour, via le partage d’anecdotes, est souvent un bon moyen de dédramatiser la situation », ajoute Alice Picouly. Christèle Ansart résume le positionnement à avoir face aux parents en quatre mots : écouter, soutenir, valoriser et informer. « Partir de la connaissance et de l’histoire de la personne, écouter ses besoins et accueillir son émotion », conseille-t-elle. Et si le besoin dépasse ses compétences, proposer au parent de se faire accompagner par d’autres personnes ou organismes ressources.

 

VRAI LEVIER DE PROFESSIONNALISATION

Quelle que soit la sérénité avec laquelle on l’aborde, il faut se rassurer : l’accompagnement à la parentalité est de plus en plus facile à mesure que l’on acquiert de l’expérience. « Au fil des ans, on apprend à être psychologue et à mesurer si le parent en face de nous est demandeur ou pas », relève Marie-Ange Marchand. Alice Picouly ajoute : « Nous devons garder en tête deux choses : que notre priorité est le bien-être de l’enfant accueilli, mais aussi que les parents sont les seuls décisionnaires pour ce qui concerne leur enfant. Nous ne pouvons que les soutenir et les accompagner au mieux, à la mesure de la confiance qu’ils nous accordent et de nos aptitudes personnelles. »

Dûment cultivé et consolidé, cet accompagnement fait désormais partie du socle de compétences attendues de la part des professionnelles. En ce sens, c’est un jalon essentiel dans leur processus de professionnalisation et dans leur évolution vers le statut de véritables partenaires des parents. Un atout à faire figurer en bonne place dans le projet d’accueil.

 

 

QUAND LES CHOSES SONT PLUS GRAVES

Pleurs incessants, retard psychomoteur, apathie… Il arrive, parfois, que l’on soit confrontée, au fil de son vécu quotidien avec un enfant, à une suspicion de trouble du développement ou du comportement. Commencer par faire part de ses observations aux parents et, sans poser de diagnostic - ce qui n’appartient pas à l’assistante maternelle -, leur demander s’ils ont les mêmes constatations et leur conseiller de consulter. Les parents pouvant avoir du mal à accepter ce type de réalité, il peut être utile de les orienter vers l’infirmière de PMI ou vers un pôle ressources, comme les centres d’action médico-sociale précoce (CAMS) : des lieux d’écoute et de conseil, ouverts aux parents et aux professionnels et présents dans tous les départements. En cas de suspicion de maltraitance ou de carence, noter soigneusement ses observations et en référer à l’infirmière de PMI, en informant les parents de la démarche si cette dernière est faite de manière nominative. Celle-ci pourra les recevoir en consultation infantile ou examiner l’enfant lors d’un passage au domicile de l’assistante maternelle.

 

 

Catherine Piraud-Rouet – Journaliste spécialisée en puériculture et éducation

L’assmat n° 194 – Avril / Mai 2022

 

(1)   https://1000jourspourlasante.fr/

(2)   Document dont un avant-projet a été soumis aux parents et aux professionnels du secteur fin 2021 : https://lstu.fr/lassmat194-techniques-1-1

(3)   Guide librement téléchargeable : https://lstu.fr/lassmat194-techniques-1-2


Générale  Virginie WINDELS   11 mars 2023


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